Et si ça ne se vendait pas ? Voilà une question pour le moins vénale à première vue, et pourtant bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Tout d’abord, non, ma volonté de faire publier ma trilogie Phitanie n’était pas liée à une envie de gagner de l’argent. Et heureusement, parce qu’avec les 10% que je touche sur le prix de chacun de mes livres, il me faudrait en vendre un sacré volume pour pouvoir en vivre !

Mais si mon but initial n’était pas de gagner de l’argent, alors pourquoi cette question s’impose-t-elle à moi régulièrement ?

Tout d’abord dans un souci de retour sur investissement. J’ai eu la chance d’être publiée par une maison d’édition qui a parié sur mon succès et a investi financièrement dans mon projet littéraire. Vendre est donc à la fois un moyen de la remercier pour son soutien et de lui prouver qu’elle a fait le bon choix. C’est aussi, logiquement, une nécessité pour que l’entreprise puisse continuer à exister et financer de nouveaux ouvrages. Et je ne parle pas ici des auteurs auto-édités qui engagent leur propre argent pour la publication de leurs œuvres.

Vendre, et surtout bien vendre, est aussi synonyme de reconnaissance sociale. Combien de personnes me demandent, en effet, combien j’ai vendu d’exemplaires chaque fois qu’ils me croisent ? Cette question, à première vue anodine, est en réalité symptomatique d’une société capitalistique où le nombre de ventes vaut pour preuve objective de la qualité – ou non – de mon ouvrage. Alors bien sûr, on sait combien le monde de l’édition est difficile et qu’il est déjà extraordinaire d’être publié. En tout cas, moi je le sais. Mais voilà, à chaque fois que cette question m’est posée, j’ai l’impression d’être sur un fil tendu prêt à se rompre. Chaque fois que cette question m’est posée, j’ai l’impression d’être jugée. Et surtout, elle me rappelle que si ça ne se vend pas assez, ma trilogie partira aux oubliettes.

Ensuite, écrire un livre est un travail qui demande du temps et de l’argent. De l’argent ? Vous pourriez m’opposer le fait que ma maison d’édition a financé la publication de Phitanie ! Oui, c’est sûr, et c’est un avantage certain par rapport aux personnes auto-éditées. Pour autant, chaque fois que je me rends dans un salon ou que je me déplace pour faire la promotion de mes livres, les frais sont à ma charge. Alors si pour vendre, il faut être visible, et que pour être visible, il faut se déplacer, alors il faut de l’argent. Et cet argent n’arrive qu’une fois par an, sous la forme de droits d’auteur liés justement au nombre de ventes réalisées dans l’année. Cercle vicieux, avez-vous dit ?

Aussi, même si je ne me suis pas lancée dans la publication de mon roman pour avoir de l’argent, mais bien pour partager avec vous mes voyages imaginaires, il est évident que j’aimerais pouvoir vivre un jour de ma plume. Mais aujourd’hui, cela relève encore de la pure fiction.

Et si un jour, je ne me demandais plus « Et si ça ne se vendait pas ? » mais plutôt « Et si j’en vendais autant que JK Rowling ? »