Marché de Noël

Ave maria. Gratia plena.

Les voix cristallines des choristes montent crescendo alors que les poils de mes bras s’hérissent lentement en envoyant une décharge d’une brûlante fraîcheur jusqu’à mon cœur. Mes yeux s’embuent et les larmes remplissent petit à petit mes paupières.

Ave maria. Gratia plena.

Ma gorge se noue dans une inexplicable émotion et mes doigts se serrent pour s’accrocher à cet instant précieux qui s’échappe déjà.

Ave maria. Gratia plena.

Tout autour, la neige tombe en flocons et se couche sur le sol duveteux d’un blanc immaculé. Les voitures ont déserté la chaussée, préférant les empreintes de pas légers à celles de pneus grossiers.

Mais je n’y pense plus.

Hors du temps, je me laisse bercée par les notes enchanteresses qui m’entourent. Je ferme les yeux, je m’évapore.

Ave maria. Gratia plena.

Le sens des paroles m’échappe mais celui de la musique me transperce de toute part. Je me sens forte, je pourrais me briser à chaque touche de piano.

Les voix s’envolent alors, là où on ne peut les suivre, et la mélodie disparait en un silence majestueux.

J’ouvre les yeux, des larmes ont coulé sur mes joues traçant un chemin sur ma peau rougie par le froid.

J’observe autour de moi et rencontre les mêmes expressions de plénitude hébétée. Ce moment personnel, était en réalité un instant de communion collective.

Des premiers applaudissements s’élèvent de la foule agglutinée autour de la chorale et je m’empresse d’y mêler ma reconnaissance.

Un sourire se dessine sur mes lèvres en même temps que sur celles de mon inconnue voisine :

– Joyeux Noël.