Ça fait quoi de devenir auteur ?

Le 14 juin 2016, je signais mon tout premier contrat d’édition avec Rebelle pour le 1er tome de ma trilogie Phitanie. Et à partir de ce jour-là, ma vie a changé sur beaucoup d’aspects…

De l’amie à l’artiste

Tout d’abord, la plupart de mes proches a appris que j’écrivais au moment où j’ai été publiée et a ainsi découvert tout un aspect de ma personnalité. Beaucoup m’ont dès lors posé tout un tas de questions sur ma passion et m’ont fait des confidences sur leurs propres hobbies alors que nous n’en n’avions encore jamais parlé. Ils se sont intéressés au processus d’écriture, sur les règles, l’inspiration, sur le monde de l’édition, sur mon univers, comme si je devenais soudain une référence, une porte d’entrée sur le monde de l’édition. C’était assez étrange de devenir du jour au lendemain plus que la sœur, la cousine, l’amie… mais aussi l’écrivaine. Petit à petit, on s’est mis à me présenter comme « Tiphaine, celle qui écrit » et plus seulement comme Tiphaine. Dans leur bouche, je sentais de la fierté, et cela gonflait la mienne. C’est toujours le cas et je chéris chaque jour la chance d’avoir des proches si curieux et prêts à me soutenir.

Tiphaine, la normale et Tiphaine, l’écrivaine

La sortie de Phitanie m’a aussi fait entrer « dans la cour des grands », tout du moins dans le monde de l’édition. J’ai rencontré des lecteurs, des blogueurs. J’ai dû apprendre à « vendre » mon livre – un exercice bien moins aisé que prévu malgré mon métier de communicante, la promotion de son propre travail étant toujours plus délicat. Je me suis fait des amis parmi eux, et aussi parmi des auteurs rencontrés en salon. La Tiphaine « normale » que je suis s’est peu à peu dédoublée pour laisser la place à Tiphaine Croville, l’auteur (ou autrice si vous préférez). La première est parfois reconnue dans les salons, alors que l’autre passe inaperçue dans les foules avec son mètre 52.

Cette sorte de double personnalité m’apporte beaucoup. Elle me permet de garder la tête froide, mais aussi de prendre du recul face à d’éventuelles déceptions. Car quand un lecteur me confie qu’il n’a pas aimé mon livre, j’ai l’impression de me prendre un coup de poing en plein abdomen. Et pourtant, le temps et la vie « normale » que j’ai à côté m’aident à surmonter la critique, à l’accueillir.

Prêt à être jugé ?

Parce qu’être auteur, c’est aussi être jugé. Sur sa personnalité, sur la qualité de son écriture, sur la quantité de livres vendus, sur la maison d’édition. « Tu es dans une grande maison ? », « Tu as vendu combien de livres ? » sont les deux questions les plus souvent posées, de manière anodine, mais qui cachent une sorte de grille d’évaluation pour situer le livre et qui jettent une part d’ombre et de doute sur notre propre travail.

Est-ce qu’être publié par une petite maison d’édition offre moins de mérite qu’une grande ? A partir de combien d’exemplaires estimons-nous qu’un livre vaut la peine d’être lu ? J’avoue que je n’en sais rien, et au regard des différentes réactions auxquelles j’ai été confrontée en répondant à ces questions, je dirais que cela varie pour chacun.

Encore une fois, ma « double personnalité » m’aide à garder en tête la seule vérité qui m’importe en cas de doute : j’ai la chance d’avoir été éditée par une maison d’édition, et d’être lue par bien plus de personnes que je ne l’aurais espéré.

Avoir un impact, laisser une trace

Grâce à mon statut d’auteur, j’ai d’ailleurs vécu d’incroyables expériences qui m’ont marquée durablement. La première, c’est d’avoir été contactée par l’association Les cartables du Congo qui aide les enfants et adolescents à trouver une autre voie dans un pays en guerre. Les bénévoles ont fait lire Phitanie à leurs élèves et ceux-ci m’ont envoyé tout un tas de questions sur mon livre et sur moi. A travers le parcours d’Héloïne, le mien, ils ont trouvé de l’espoir et nos échanges m’ont bouleversée. Ils m’ont appris qu’avec un simple livre, j’avais eu un impact sur des dizaines de jeunes à l’autre bout du monde, des jeunes qui vivent dans un quotidien plus difficile que ce que je ne pourrais jamais imaginer.

La deuxième expérience qui m’a marquée est celle du concours Les Imaginaires. Le principe est simple : les élèves de collèges et lycées technologiques de la Creuse choisissent un livre parmi une sélection et proposent d’en faire la communication : goodies, vidéos de promotion, spectacles… Les plus belles campagnes et leurs élèves, reçoivent un prix et le livre le plus choisi est récompensé. En 2018, Phitanie est arrivé en deuxième position. J’ai été fascinée et impressionnée par la façon dont les élèves ont été inspirés par mon livre, à quel point ils y ont trouvé des modèles pour leurs propres modes de réflexion. Après les présentations par les groupes, nous avons eu un temps d’échange privilégié avec les jeunes, où ils ont pu me poser toutes les questions qu’ils souhaitaient. Là encore, j’ai réalisé que mes écrits pouvaient avoir un impact, une portée, sans que je ne l’aie anticipé.

Pas d’auteur sans lecteur

Au regard de ces expériences, j’ai envie d’affirmer : qu’importe le nombre de livres vendus, même si je souhaite que mon livre puisse être accessible au plus grand nombre et que ma maison d’édition soit récompensée pour la confiance qu’elle m’a accordée.

Ma fierté, c’est avant tout d’avoir été publiée et d’avoir apporté quelque chose à mes lecteurs : un moment de détente, une évasion, une solution, une voie de sortie, une réconciliation avec la lecture ou avec un genre littéraire. Ma fierté, c’est surtout de voir tout ce que vous, vous m’avez apporté. La confiance que vous m’avez témoignée, jusqu’à me demander conseil sur les premières ébauches de vos manuscrits pour certains. Je ne suis pas sûre de mériter toutes ces marques d’intérêt mais à tous : merci. Parce que c’est surtout vous qui faites de moi un auteur.

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